À Saint-Denis et à Pierrefitte, nous refusons les caricatures et les polémiques artificielles qui détournent le débat des véritables enjeux de notre territoire.
Notre ville n’a jamais été celle du repli. Son histoire est faite de circulations, de métissages et de combats universels. D’abord marquée par les immigrations européennes, elle s’est enrichie au fil des décennies des apports venus d’Afrique, du Maghreb, des Caraïbes, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Amérique latine. Aujourd’hui, plus de 140 nationalités d’origine y vivent, y travaillent et y construisent leur avenir. Ce n’est ni un slogan ni un décor : c’est l’ADN de Saint-Denis.
La Basilique, nécropole des rois de France, le Stade de France, équipement à vocation mondiale, nos associations, nos clubs et nos quartiers témoignent d’un territoire populaire, ouvert et profondément connecté au monde. Notre marché, lieu de brassage social et culturel, incarne au quotidien cette identité dionysienne, même si des décisions récentes, prises sans réelle concertation, ont contribué à fragiliser ces pratiques populaires.
Nous tenons également à exprimer notre soutien plein et entier à Bakary Soukouna, face aux propos méprisants et injustes tenus à son encontre. Le ton paternaliste et condescendant employé par la majorité sortante pour le discréditer illustre une pratique désormais classique : inverser l’accusation pour neutraliser toute critique des discriminations réelles et des rapports de domination. Nous refusons aussi l’instrumentalisation d’un prétendu « idéal européen » comme totem intouchable, déconnecté des réalités actuelles : austérité, politiques migratoires inhumaines, complaisance envers des régimes autoritaires, montée de l’extrême droite et alignement sur des logiques néolibérales et sécuritaires. La réaction de Bakary Soukouna est cohérente, politique et en phase avec l’idéal que nous portons pour une Saint-Denis lucide, populaire et internationale.
Nous le disons clairement : nous n’avons aucune leçon d’ouverture à recevoir d’une majorité qui a banalisé des propos racistes, et qui a fait détruire une fresque de dimension internationale, œuvre de Eloy Torres, artiste mondialement reconnu du street art basé à Los Angeles. Cet acte symbolise une méthode : décider d’en haut, effacer les pratiques populaires et affaiblir ce qui fait le cœur battant de notre ville.
C’est dans ce contexte que nous posons une question simple et exigeante :
quelle politique publique, centrée sur les relations internationales et antiracistes, peut réellement rassembler toutes les Dionysiennes et tous les Dionysiens, sans distinction d’origine, de statut ou de croyance, et être à la hauteur de l’histoire et de la diversité de notre ville ?
Face à la proposition d’une Maison de l’Europe, nous avançons une autre piste de réflexion : celle d’une Maison des relations internationales et antiracistes.
Il ne s’agit ni d’un projet arrêté, ni d’une réponse clé en main, encore moins d’un engagement budgétaire prédéfini. Il s’agit d’une contribution au débat, fidèle à la réalité d’une ville-monde et à son héritage politique, social et culturel.
À l’heure des guerres, des crises géopolitiques, de la montée des tensions internationales, de l’urgence climatique et des reculs démocratiques, il nous semble légitime d’ouvrir une réflexion sur la manière dont une commune comme Saint-Denis peut penser ses relations internationales et antiracistes, ses coopérations, son rôle éducatif et citoyen — sans dogmatisme et sans hiérarchisation des peuples.
Une Maison des relations internationales et antiracistes, si elle devait voir le jour, ne pourrait l’être qu’au terme d’un travail collectif, associant habitants, associations, acteurs éducatifs et culturels, et en tenant pleinement compte des contraintes financières, des priorités sociales et des urgences locales. C’est précisément cette exigence de méthode, de clarté et de responsabilité qui nous distingue de l’actuelle majorité.
Dans cet esprit, un tel lieu pourrait être envisagé comme :
- un espace de dialogue entre les cultures et les communautés présentes sur notre territoire ;
- un outil d’éducation populaire et de transmission des histoires migratoires, sociales et politiques ;
- un appui concret à la lutte contre toutes les discriminations ;
- un cadre pour penser la solidarité internationale, la paix et la justice sociale et climatique ;
- un lieu où l’Europe trouve sa place, aux côtés de l’Afrique, de la Méditerranée, des Caraïbes, du monde arabe, de l’Asie et de l’Amérique latine, sans hiérarchie ni exclusion.
Nous assumons notre attachement profond à l’héritage dionysien et pierrefittois. C’est par respect pour cet héritage que nous portons une Maison des relations internationales et antiracistes, plus en phase avec la réalité vécue et avec les défis de notre époque qu’une Europe institutionnelle aujourd’hui marquée par de graves renoncements.
Nous ne cultivons ni le repli ni la peur. Nous refusons simplement les visions réductrices et les décisions verticales, déconnectées de la vie réelle des habitantes et des habitants.
Avec Ensemble, Retrouvons l’Espoir, nous menons une démarche sérieuse, responsable et collective, fondée sur la dignité humaine, l’égalité réelle et la fraternité concrète.
Saint-Denis n’a pas besoin de polémiques artificielles. Elle a besoin de débats sincères, de méthode et d’un projet construit à la hauteur de son histoire : celle d’une ville populaire, cosmopolite et profondément humaniste.
Une ville du monde, qui réfléchit collectivement à son avenir.
Le 15 janvier 2026





