Les propos récents de Mathieu Hanotin, maire sortant de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, sont graves, irresponsables et indignes d’un élu de la République. Acculé par un bilan sécuritaire coûteux et inefficace — avec plus de 20 millions d’euros engagés dans une politique de communication qui n’a jamais démontré d’amélioration réelle — il tente aujourd’hui de détourner l’attention en multipliant les insinuations diffamatoires et les amalgames dangereux, alimentant la stigmatisation de nos quartiers populaires.
Depuis son élection en 2020, les incriminations pour usage de stupéfiants ont plus que doublé à Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, et les violences intrafamiliales ont fortement augmenté. Pour une « ville apaisée », on repassera. Toute la vidéosurveillance du monde ne règlera pas ces problèmes si la prévention, les services publics et la justice sociale ne sont pas placés au cœur de l’action municipale.
Ces méthodes visent à masquer l’inefficacité d’une politique exclusivement sécuritaire. Elles s’accompagnent d’une instrumentalisation de tragédies personnelles pour tenter de défendre un bilan municipal jugé mauvais. C’est notamment le cas à travers l’histoire d’Amine Kessaci, militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic à Marseille. Deux de ses frères ont été victimes de règlements de comptes liés au trafic de stupéfiants : en décembre 2020, Brahim, 22 ans, a été retrouvé mort, calciné dans le coffre d’une voiture ; le 13 novembre 2023, Mehdi a été abattu en plein après-midi alors qu’il s’apprêtait à passer le concours pour devenir gardien de la paix.
Cette prise de position s’enracine profondément dans son histoire personnelle. Nous saluons son engagement dans la lutte contre le narcotrafic et compatissons profondément avec sa famille. Cependant, l’instrumentalisation de ces drames à des fins politiques, pour tenter de défendre un bilan municipal mauvais, peut apparaître indigne et disqualifiante.
Amine Kessaci plaide notamment pour la légalisation du cannabis, non comme une incitation à la consommation, mais comme un outil de lutte contre les réseaux criminels et pour la mise en place d’une véritable politique de santé publique. Il souligne que la dépénalisation et la régulation du cannabis sont des leviers pour protéger la population des effets nocifs des drogues et orienter les moyens vers la prévention et l’accompagnement des usagers. Cette approche rejoint les propositions d’Éric Coquerel et son rapport parlementaire sur la dépénalisation du cannabis, visant à réduire les effets nocifs des drogues, protéger les populations et réorienter les politiques publiques vers la prévention et l’accompagnement.
Il défend également l’armement des policiers municipaux, ce qui n’est pas notre vision du service public de sécurité locale.
À l’inverse de la logique sécuritaire exclusive défendue par le maire sortant, nous affirmons qu’agir efficacement contre le narcotrafic et la violence passe par une approche en amont, globale et cohérente :
- Réduire le nombre de jeunes susceptibles de tomber dans l’industrie de la rue
- Prévenir la montée du taux de suicide chez les jeunes et diminuer le taux d’incarcération
- Investir massivement dans l’éducation, les politiques jeunesse, l’insertion, la formation et la lutte contre l’échec scolaire
- Renforcer une police nationale respectueuse de la déontologie, les moyens d’investigation et de justice, et mettre en place une politique d’incarcération, de réparation et de réinsertion permettant la reconstruction du citoyen
- Garantir un accompagnement solide en matière de santé publique
Cette combinaison de prévention, de justice sociale et de sécurité respectueuse des habitants est bien plus efficace que la surenchère sécuritaire qui stigmatise nos quartiers. Toute approche qui mélange narcotrafiquants et élus locaux, ou qui instrumentalise la peur pour masquer l’échec d’une politique municipale, est non seulement indigne mais dangereuse pour la démocratie locale.
D’autres luttes rappellent la nécessité d’aborder ces enjeux avec rigueur et justice. Le combat de la famille El Khalfaoui après la mort de Souhail El Khalfaoui, tué par un tir policier en 2021, souligne l’importance de la transparence, du respect de l’État de droit et de la lutte contre les irrégularités judiciaires. Le fait que l’actuel maire fasse le choix de ne pas mettre en avant cette lutte pourtant légitime relève d’un choix délibéré et assumé, qui ne trompe personne. Ce silence sélectif révèle une approche partiale de la question sécuritaire, où certaines victimes sont mises en avant quand d’autres sont invisibilisées en fonction de ce qui sert un discours politique.
Nous affirmons notre soutien à toute démarche sérieuse contre le narcotrafic et la violence, en insistant sur :
- Une sécurité fondée sur la justice sociale, la prévention et le respect des habitants
- Des mesures concrètes contre le narcotrafic et la violence, sans stigmatisation ni diversion politique
- Un engagement pour un débat démocratique serein et transparent, notamment sur le rôle de la police municipale et ses éventuelles dérives
- Le refus de tout discours de peur et de haine importé de la droite ou de l’extrême droite
Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine méritent mieux qu’un maire qui divise pour masquer son échec et qu’une politique qui mise uniquement sur la peur. Nous portons une vision de gauche, populaire et insoumise, fondée sur la prévention, la santé publique, l’accompagnement des jeunes, l’investissement dans les services publics, la justice sociale et la protection des habitants.
Le 3 février 2026





