Communiqué de Bally BAGAYOKO

“Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice et de la République” c’est en ces termes que Montesquieu avait dénoncé certains agissements des hommes du pouvoir.

C’est en ces termes que j’interpelle l’ensemble des autorités de la République, afin que la lumière soit totalement faite sur les causes du décès de mon frère de sang Adama Traoré, le 19 juillet dernier.

En effet, comment expliquer que ce jeune homme âgé de 24 ans, en pleine capacité de sa forme physique et mentale, confirmé par ses proches et sa famille, ait trouvé la mort à la suite d’un banal contrôle d’identité et après une interpellation par le service public de tranquillité de la Nation et ce dans les locaux de la gendarmerie ?

Alors que nous peinons à nous remettre collectivement du massacre de plus 85 personnes à Nice, suivi du meurtre du père Jacques Hamel au sein de l’église de Saint-Etienne de Rouvray et que nous appelons à l’unité nationale contre tous  les actes de terrorisme et de barbarie ; non loin de nous, les soldats de la République sensés veiller et protéger la vie de chacun et chacune d’entre nous, se trouvent mêlés à une affaire plus que douteuse.

En effet comment expliquer qu’une interpellation aboutisse à la mort d’un enfant de la République visiblement par des Hommes garant de la vie de ses citoyens ?

Comment expliquer autant de zone d’ombre pour définir les circonstances qui ont amenés à la mort de Adama TRAORE ?

Comment expliquer la communication plus que douteuse du procureur de Pontoise, qui a volontairement omis d’émettre des informations pourtant contenues dans le rapport d’autopsie en particulier l’indication ” d’un syndrome asphyxique” qui serait la cause du décès?

Pourquoi, alors certaines techniques et outils sois-disant de défense, ou encore de mobilisation par les officiers sont remises en cause depuis de nombreuses années par les associations de victimes et qu’une fois de plus à l’occasion de cette nouvelle affaire encore la technique de plaquage ventrale est à nouveau remise en cause, car rien n’a été fait?

Comment expliquer, qu’aujourd’hui encore, n’est pas disponible les rapports médicaux des pompiers et du SMUR, qui avaient été les premiers acteurs à tenter de réanimer Adama TRAORE?

S’il est vrai que l’heure n’est pas à faire le jugement avant l’heure des protagonistes impliqués dans cette affaire, mais bien aux soutiens à la famille du défunt pour laquelle j’ai une pensée forte et sincère. Sans réserve, je condamne avec la plus grande sévérité ces actes isolés qui ne grandissent pas leur auteurs si cela se confirmait. Tout en invoquant le principe de la présomption d’innocence au moment de mes écrits, je reste comme des milliers de Français et non Français, interrogatif sur les actes qui ont aboutis à la mort de Adama TRAORE. Ces actes ont plongé toute une population dans la résistance et dans une volonté légitime d’obtenir des réponses précises, qui tardent à venir et alimente de fait le sentiment “qu’une industrie de soustraction de la vérité” tend à se mettre en place, afin de protéger et dégager la responsabilité des officiers impliqués ?

Malheureusement ce nouveau drame, nous rappelle de manière scandaleuse, les nombreux décès, très souvent d’enfants de la République issus des quartiers populaires, dans des conditions similaires. Plusieurs centaines depuis de nombreuses années. Ce nombre (environ 12) chaque année tend à croitre  dans une indifférence et silence complice de nos institutions.  Nul ne peut rester indifférent devant ces actes qui semblent devenir un droit ? Qui semble clairement indiquer qu’au nom du principe de légitime défense, les institutions de la République fermeraient les yeux et donneraient un droit de fait à certains officiers contraires aux textes qui encadre le droit dans notre pays ?

Pas question  d’entendre les discours tout fait, réservés aux habitants et jeunes des quartiers populaires…Ils ne seront jamais à la hauteur des actes commis…

L’ensemble des moyens devra être déployé afin d’apporter la vérité aux proches et à la famille. Les fautifs n’auront d’autre solution que de comparaître devant les lois de la République pour recevoir la sentence qui s’impose. Aucune complaisance ne devra être apportée devant ces actes une fois avérés, y compris en période d’Etat d’urgence. L’ensemble des autorités de défense des forces de l’ordre n’auront aucune solution que celle de faire allégeance devant la décision finale retenue afin de restaurer la dignité de la famille Traore, indiquer à l’ensemble de la population qu’il existe bien une loi au dessus des hommes, quelque soit le rang et enfin renvoyer ces actes devant une minorité d’acteur, qui ne sont pas représentatifs de l’ensemble de la communauté des agents du service public de tranquillité de la Nation.

Adama TRAORE a trouvé la mort le jour même de son 24 ème anniversaire. Les circonstances de son décès sont excessivement troubles, car il décèdera selon les informations fournies à la famille à la suite d’une interpellation par les forces de l’ordre. Adama a été amené dans les locaux de la gendarmerie. Très vite la nouvelle du décès de Adama, s’est rependue dans son quartier, dans les quartiers populaires de France, les réseaux sociaux…….

A cette étape de l’enquête, il n’est pas possible d’identifier clairement les causes. Mais le vent de la suspicion s’est levé et reste constante devant l’absence de réponse. Ce qui serait intolérable serait que Adama soit mort suite à “une bavure policière”. Qui malheureusement n’arrive pas uniquement aux USA mais bien aux portes de la République.

Parce qu’il s’agit d’un combat juste, une lutte pour le respect et la dignité nous devons répondre présent à l’ensemble des mobilisations.

Parce qu’il ne s’agit pas que du combat d’une minorité, mais d’une majorité de la population quelque soit sa couleur de peau, son origine culturelle et cultuelle, nous devons être unis. Le pire serait que les autorités publiques réduisent les mobilisations légitimes et actuelles, à un groupuscule ethnique. Ce qui est trop souvent le sort réservé à ces actes dans nos quartiers.

Parce que l’idéal de notre République est d’être juste pour tous, nous devons être unis dans l’appel à des réponses concrètes. Ne jamais accepter, alors que la peine de mort a été abolie, que dans l’ombre des couloirs des institutions de la République se cachent parfois des mercenaires avec leur plus beaux habits, portant les symboles de cette République sur leur poitrine et chantant sans réserve l’hymne nationale à chaque évènement institutionnel…..

Unissons nous pour que le son des lois de la République sonne aux détriments du vent de l’injustice qui se ressent dans l’opinion publique devant la lenteur des réponses. Cette seule sonorité permettra de restaurer dans un premier temps, la dignité de la famille Traore, des habitants des quartiers populaires et dans un second temps le respect à l’égard de l’ensemble des victimes des soldats de la République. Repose en paix Adama, il faut que tu saches qu’ici les anges de la justice s’activent pour honorer ta personne et celle de ta famille. A travers cet acte de résistance, le peuple qui refuse d’être complice d’un système arbitraire,  où les instruments de la justice et de la République, semblent ne pas avoir la même sonorité en fonction d’où l’on vient, de quelle famille l’on vient, ou encore d’autre caractéristiques. Nous n’avons pas la possibilité de  faire revenir physiquement Adama ainsi que les centaines de personnes décédées des suites d’une intervention d’une personne dépositaire de l’ordre publique, mais nous pouvons le faire par la pensée et le sens de nos actions visant à restaurer la vérité et la dignité….

Pour l’ensemble de ces raisons, il nous faut réclamer collectivement :

  • la mise en place d’une enquête parlementaire dans le cas de l’affaire d’Adama TRAORE
  • que le droit des victimes, soit renforcé afin de permettre les recours des citoyens contre les officiers impliqués,
  • pour redéfinir et bannir l’usage de certaines techniques et matériels, utilisés par les forces de l’ordre,
  • pour que des statistiques fiables et précises puissent être tenues afin de qualifier “les violences policières”. Car à ce jour aucune statistique n’existe contrairement aux statistiques permettant d’apprécier les violences contre les forces de l’ordre, qui sont elles recensées….

Pour l’ensemble de ces actions universelles, il va de soit que l’unité nationale doit être la règle et un devoir de l’ensemble des élus-es de de la République…Tous ceux et celles qui manqueront à l’appel seront les complices d’un système qui est contraire aux valeurs de la République et contraire à la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen qui indique dans son article premier que “tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits “. A défaut d’avoir contribué à sa rédaction, traduisons en acte et de manière constante ces valeurs universelles qui distinguent une société humaine d’une société animale, fondée sur principalement sur la loi du plus fort.

Bally Bagayoko