Élu président de Plaine Commune en avril dernier, Bally Bagayoko revient sur le premier été de sa mandature marqué par des records de température, l’accélération du changement climatique et la nécessaire adaptation de l’habitat et des politiques d’aménagement du territoire à ces enjeux. Entretien.
Les vagues de chaleur extrême qui se sont abattues sur la France cet été posent la question de l’habitabilité des territoires et plus particulièrement celle des logements, souvent inadaptés à de telles températures. Quel premier bilan tirez-vous de la période estivale ?
La première chose que j’observe, c’est que nous disposons à Plaine Commune d’un service public bien au fait de ces enjeux, et qui, avec les moyens dont il dispose, a déjà constitué un ensemble de points d’appui, en matière d’organisation, de mode opératoire, de connaissance du bâti sur le territoire, ce qui est déterminant pour la suite. L’été que nous venons de vivre montre que la bifurcation écologique est une question prioritaire et une nécessité pour l’ensemble des territoires, au centre des orientations politiques que nous souhaitons donner au mandat.
Quelles solutions sont aujourd’hui mises sur la table pour rendre les logements plus confortables en été et quel rôle doit jouer Plaine Commune dans leur mise en place ?
Nous souhaitons engager un certain nombre de processus visant à réinterroger l’intervention sur le bâti existant mais aussi sur la conception du bâti futur. Le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) qui a été adopté en 2025 pourra être réajusté, pas forcément en profondeur, mais de façon à davantage prendre en compte les questions liées à l’adaptation aux fortes chaleurs. Ce document doit venir décliner l’ensemble des enjeux que nous porterons, la majorité et moi, dans le projet de territoire de l’établissement public Territorial dans les années à venir.
L’adaptation/rénovation du bâti, cela représente un coût pour la collectivité et pour les habitants. Comment éviter que ces évolutions ne renforcent les inégalités face à l’accès au logement ?
La question de l’accès au logement est un sujet d’intérêt territorial mais aussi national. À l’échelle de l’Ile-de-France, on estime qu’il manque 500 000 logements publics. Le choix de la précédente majorité a consisté à réduire cette part de logements publics par rapport au privé, ce qui est un non-sens par rapport à la typologie des habitants qui vivent sur le territoire, puisque 80% d’entre eux dépendent du Prêt Locatif Aidé d’Intégration (PLAI).
C’est la raison pour laquelle nous avons enclenché un processus qui vise de passer de 30 à 50% de logements publics dans les programmes futurs. Ce changement d’orientation va se matérialiser nécessairement par une évolution de notre Programme Local de l’Habitat (PLH), qui prévoit la construction de 3500 nouveaux logements par an, contingent qui doit augmenter, favorisant la création de davantage de logements publics.
Pour ce faire, nous avons besoin d’un Etat fort, qui ne renonce pas à sa promesse républicaine que chacun puisse bénéficier d’un toit. À l’échelle de Plaine Commune, nous devons aussi gagner la bataille contre l’insalubrité. Des moyens humains et financiers importants ont été déployés par le passé, mais c’est insuffisant, d’où l’importance du travail mené avec les services décentralisés de l’Etat et avec la préfecture pour simplifier les procédures administratives et agir plus vite sur ces situations d’insalubrité. Les moyens seront également renforcés dans le cadre du prochain budget de la collectivité, pour préserver la rénovation du bâti frappé par l’insalubrité et améliorer le soutien aux copropriétés en difficulté sur ces questions.
La réponse au défi climatique dépasse les seules compétences de Plaine Commune. Comment se fait aujourd’hui le lien sur ces questions avec l’Etat et les autres acteurs du logement ? Comment renforcer ces coopérations ?
J’ai demandé la création d’une conférence territoriale des bailleurs pour réunir les bailleurs publics et privés du territoire et aborder ensemble les sujets transversaux sur le logement : comment chacun participe à l’amélioration du cadre de vie ? Quels sont les enjeux de sécurité ? Comment entretient-on les parties communes, et celles en lien direct avec l’espace public ? Nous souhaitons que les services déconcentrés de l’Etat soient parties prenantes de cette conférence, pour qu’ils puissent se nourrir des actions qui vont être engagées et apporter leur participation, aider dans un certain nombre d’opérations. On est sur un territoire où beaucoup de bailleurs bénéficient de l’exonération de la taxe foncière sur le bâti. Il faut voir ensemble quelles sont les contreparties et s’assurer qu’elles soient exécutées.
Plus largement, quelles conséquences vont avoir l’accélération du réchauffement climatique sur les politiques d’aménagement du territoire ?
Notre problématique est qu’il faut traiter plusieurs choses en même temps. L’aménagement du territoire du point de vue de l’urgence écologique, avec des investissements conséquents et un dialogue intransigeant avec les aménageurs sur la part accordée aux espaces verts et à la création d’îlots de fraîcheur, qui sont une priorité. Dans le même temps, on doit aussi s’assurer que l’aménagement ne se spécialise pas uniquement dans le développement d’une activité unique. L’ère des bureaux est désormais terminée, nous nous inscrivons dans une démarche mixte, avec un nécessaire travail de reconversion d’une partie de cette activités « bureaux » vers une plus mixte alliant à la fois du tertiaire, de l’artisanat, des logements, mais excluant l’arrivée de nouveaux data centers, qui sont un modèle économique que nous ne souhaitons pas développer. Concernant le logement et le dispositif de Bail Réel Solidaire (BRS), nous devons réviser notre approche pour que celui-ci soit réellement utile pour les habitants du territoire. S’il s’agit d’un enjeu majeur, la transition écologique ne doit pas être un prétexte à la gentrification du territoire.
Des grands projets en cours pourront-ils être réinterrogés, comme celui du futur quartier Pleyel à Saint-Denis ?
Il y a parfois, comme pour le quartier Pleyel, un décalage entre le moment où le projet a été réfléchi et les réalités climatiques concrètes auxquelles nous sommes désormais confrontés. C’est ce que nous demandons aux équipes, de travailler à des réajustements, de voir quel équilibre il est possible de trouver entre la nécessité d’adapter au mieux ces projets à la nouvelle donne climatique et le coût que cela représente pour la puissance publique territoriale. Chaque programme qui sort de terre sur le territoire doit répondre à l’urgence écologique et sociale, en restant à des prix abordables, et que cette transformation urbaine soit créatrice d’emplois territoriaux, une autre de nos grandes priorités.


