La monoparentalité est aujourd’hui une réalité sociale majeure : près d’un quart des familles en France sont concernées. Elle incarne l’une des mutations profondes de la société française et révèle une condition féminine contemporaine marquée par l’isolement et la précarité. Dans 85 % des cas, ce sont des mères seules qui assument la charge familiale.
Cette situation n’a cessé de s’aggraver au fil des décennies. Alors qu’en 1958 seuls 7 % des enfants vivaient dans une famille monoparentale, cette configuration concerne aujourd’hui massivement les classes populaires. Les chiffres sont implacables : une mère isolée sur trois vit sous le seuil de pauvreté, 42 % sont contraintes au travail à temps partiel, 40 % des pensions alimentaires restent impayées. À cela s’ajoute une fiscalité profondément injuste, qui défiscalise les pensions pour les débiteurs — majoritairement des hommes — tout en les fiscalisant pour les bénéficiaires, aggravant les inégalités de genre. Les conséquences pour les enfants sont dramatiques : 41 % des enfants issus de familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté, contre 21 % pour l’ensemble des enfants.
Face à cette réalité, les mairies insoumis·es font un choix clair : reconnaître les nouvelles configurations familiales, c’est reconnaître la France telle qu’elle est. C’est une exigence de justice sociale, d’égalité et de dignité.
Une réponse municipale concrète : la carte « Famille monoparentale »
Nous proposons la création d’une carte municipale “Famille monoparentale”, fondée sur une définition large de la monoparentalité, conforme à celle de l’Insee. Cette carte ne conditionne pas la reconnaissance à un jugement judiciaire ou à la détention d’une garde principale, afin de ne pas exclure les familles en garde alternée, les situations de séparation récente ou celles liées aux violences conjugales.
La carte serait délivrée par le CCAS ou les services sociaux municipaux, dans le cadre d’une démarche simplifiée, sur présentation du livret de famille et d’un justificatif de domicile, par des agents formés à ces réalités sociales.
Elle ouvre l’accès à des droits concrets :
- Tarifs préférentiels et gratuités pour les transports en commun et les services municipaux culturels et sportifs ;
- Lieux et temps de répit, incluant aide aux devoirs, ateliers socio-linguistiques et pratiques, accompagnement psychologique, week-ends et séjours ;
- Priorisation d’accès, dans le respect d’une évaluation sociale globale, aux crèches municipales, au périscolaire, aux logements sociaux, aux centres de santé municipaux, à la scolarisation dès 2 ans, ainsi qu’aux solutions de garde collective lors des obligations professionnelles ou des temps de démocratie locale.
Nous affirmons clairement qu’il ne s’agit pas d’opposer les publics précaires entre eux. Ces politiques doivent s’accompagner d’une augmentation des moyens et des places disponibles, afin de garantir l’égalité d’accès aux droits pour toutes et tous.
Pour les aides sociales municipales, les mairies insoumis·es s’engagent à exclure la pension alimentaire de l’assiette des revenus pris en compte, afin de ne plus pénaliser les familles monoparentales.
Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine : une situation sociale singulière
Dans la commune nouvelle de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, ces enjeux prennent une acuité particulière. Le territoire cumule des taux de familles monoparentales, de pauvreté infantile et de précarité féminine parmi les plus élevés d’Île-de-France et de France métropolitaine. La jeunesse y est nombreuse, les besoins en services publics locaux y sont immenses, et les mères isolées y subissent de plein fouet la crise du logement, l’insuffisance des modes de garde, les inégalités d’accès aux soins et aux loisirs.
Dans ce contexte, la création d’une carte municipale « Famille monoparentale » n’est pas une mesure symbolique : c’est un outil de justice sociale, adapté à la réalité d’un territoire populaire, diversement touché par les inégalités, et trop souvent abandonné par les politiques nationales.
Une compétence pleinement municipale
À celles et ceux qui prétendent que ces politiques relèveraient exclusivement de la CAF, nous répondons clairement : les communes sont compétentes pour leurs services publics, leurs tarifs, leurs priorités d’accès et leurs politiques sociales de proximité. L’action municipale est complémentaire de celle de l’État ; elle ne la remplace pas, mais elle est indispensable pour répondre aux besoins concrets des habitantes et habitants.
En mars 2026, les mairies insoumis·es porteront une ambition claire : faire des communes des remparts contre la pauvreté, et des leviers d’émancipation pour les familles monoparentales.
Le 27 janvier 2026





