Démission du maire Saint-Denis : “Désormais, il nous faut réussir collectivement, dans le respect de nos différences, avec l’affirmation et la volonté collective de répondre par nos décisions et choix politiques aux besoins des habitants de notre ville, quelque soit sa situation sociale et économique”

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Monsieur le Maire, cher Didier,

Tu viens d’annoncer ta démission de ton mandat de maire qui prendra effet en décembre prochain avec l’élection par les membres du conseil municipal d’un nouveau maire. Ta décision courageuse et responsable nous donne collectivement la responsabilité de faire de cette annonce une opportunité, un élément moteur pour rassurer la population. Cette décision  nous impose aussi un engagement à corriger en profondeur nos modes de fonctionnement dans l’intérêt premier des dionysiens et dionysiennes, comme tu as su l’indiquer dans tes déclarations.

Il n’y a pas de honte à revenir sur des engagements à partir du moment où cela doit servir en premier lieu à notre population et à la dynamique nécessaire à ré impulser.

Il n’y a pas de honte à revenir sur un engagement si celui-ci doit permettre un nouveau départ, que l’on espère bénéfique pour tous. Aller au bout du mandat aurait été une faute politique majeure, ce qu’à juste titre tu as refusé de faire.

Désormais, il nous faut réussir collectivement, dans le respect de nos différences, avec l’affirmation et la volonté collective de répondre par nos décisions et choix politiques aux besoins de chacune et chacun des habitants de notre ville, quelque soit sa situation sociale et économique.

Tu es un enfant de Saint-Denis qui a su être digne de l’idéal porté par le parti communiste dans cette ville depuis de nombreuses années. C’est  donc tout naturellement que l’annonce de ta démission a créé de l’émoi, de la tristesse dans la population. Une population qui reste tant attachée à la personne avant tout que tu es. Ta proximité avec chacun et chacune ne cesse d’être présentée comme une marque de caractère de ta personnalité. Cet émoi doit être entendu car il exprime en réalité une incompréhension des motifs, du timing et dans la construction collective de cette décision. C’est aussi une peur pour la suite, qui s’exprime à travers cet émoi.

Alors nous avons la responsabilité de rassurer par le contenu d’une offre politique mieux en phase avec des réalités qui ont évolué dans la société en général et dans notre ville en particulier. Nous avons la responsabilité de rassurer le personnel communal qui agit au quotidien en portant le drapeau de l’intérêt général, rassurer le monde associatif qui contribue aux cotés de la ville à la mise en œuvre des politiques publiques, rassurer les acteurs économiques et commerçants qui sont les poumons de cette ville dynamique. Et enfin rassurer la jeunesse : cette ville lui est destinée et elle doit y prendre encore plus toute sa place.

Ta décision est aussi une invitation à regarder dans le rétroviseur, non seulement pour observer le chemin parcouru, apprécier les nombreuses réalisations, mais aussi pour affronter en responsabilité les difficultés qui nous font face et corriger les erreurs commises.

Oui, Saint-Denis, sa population venue des différents continents du monde, est incroyable et souvent en avance sur le monde tel qu’il se dessine. Sans concession, il est nécessaire de rappeler que tu as joué un rôle majeur dans cette dynamique. En tant que militant communiste des droits humains, en tant qu’ouvrier, en tant qu’élu local, départemental et enfin en tant que maire, Vice-président de Plaine commune et de la métropole désormais. Dans chacune de ces étapes qui ont forgé ta personnalité, tu as su être digne de la parole donnée devant la population et ta volonté de faire avancer cette ville que tu as au cœur a été indéfectible, en ayant la détermination d’améliorer la situation singulière de chacun et chacune des habitants..

Auguste Gillot, Marcelin Berthelot, Patrick Braouezec, tous ces anciens maires de la Ville des Rois de France,  peuvent  à coup sûr être fiers du travail réalisé sous ton animation dans un contexte encore plus dur que les périodes précédentes et sans aucun doute doivent saluer ta décision sincère et utile pour ouvrir une nouvelle page pour nos habitants.  Ce nouveau paysage politique aura le devoir de faire naitre une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques au sens noble du terme, à l’image de notre ville multiculturelle.

Si l’heure ce soir n’est pas à la nomination d’un nouveau Maire, viendra prochainement l’heure de la définition d’un nouveau projet de société locale, prenant appui sur ce qui a été fait et sur la tenue de nos engagements pris devant la population, depuis les dernières élections municipales. Une réélection qui reste dans toutes  les mémoires, avec un niveau d’abstention record, avec la défiance de la population à l’égard de la politique, avec un recul des constructions citoyennes, avec un gouvernement socialiste qui a déçu le peuple de gauche et divisé, qui a plongé encore plus la nation dans un système d’austérité en réduisant le pouvoir des services publics et des élus locaux dans leur capacité à jouer les amortisseurs sociaux.

Ta décision est aussi une main tendue pour réinterroger notre offre politique, les participations dans différentes instances, certaines délégations, réaffirmer et renforcer nos relations avec l’agglomération et réinterroger notre place dans la métropole.

L’analyse politique que tu fais de la situation actuelle t’amène à faire de ta démission un point d’appui pour faire  comme tu le dis « s’exprimer une nouvelle énergie, bien en phase avec l’évolution de la société locale », dans une ville plurielle, métissée et fière de sa diversité.

Nous devons ré enchanter l’idéal dionysien, en phase avec les réalités d’un monde de plus en plus égoïste et individualiste où la lutte des classes devient un outil de régulation sociale et sociétale. Une ville où une population, des élus  ont su faire de l’arrivée du stade de France un élément de renaissance d’un territoire comme La Plaine qui était en état de mort cérébrale, avec le départ des usines. Un territoire qui a su, sous ta vision et celle de Patrick Braouezec et Jack Ralite , dépasser l’égoïsme des frontières en impulsant la création de Plaine Renaissance, qui donnera naissance à un autre modèle de développement et de coopération intercommunale dans l’intérêt premier des habitants. Aujourd’hui cette dynamique se poursuit à travers Plaine Commune.

Désormais nous devons rebâtir un nouveau contrat de société locale et territoriale pour les 20 ans à venir qui se donne pour objectifs principaux :

–       La correction des inégalités, en relevant le défi de l’emploi, de la dignité par une offre de logements diversifiés pour tous

–       La mise en place d’une démocratie locale en proximité nouvelle avec l’ensemble de la population,

–       Qui réinterroge la place des partis politiques de gauche comme des éléments fédérateurs au service de la population,

–        Sanctuariser le service public et ses agents comme moteur de ce projet de société locale, sachant que beaucoup y vivent aussi.

–       Orienter davantage le développement économique en soutien aux réalités sociales et sociétales auxquelles nous sommes confrontés par une fiscalité plus juste et qui pèse moins sur les ménages.

Ce nouveau contrat de société locale doit savoir puiser son énergie dans notre jeunesse, qui demain sera le garant de cet idéal.

Loin de cette ambition pour notre ville, certains surfent sur l’exaspération de la population dionysienne autour des questions de sécurité, d’emploi, de qualité de vie pour tourner cette exaspération légitime de manière populiste et irresponsable, pour des raisons inavouables pour ne pas dire politiciennes. Ils se gardent bien d’indiquer la responsabilité majeure, mais non exclusive, du gouvernement socialiste dans l’asphyxie des finances publiques, dans la destruction de milliers d’emploi : SFR, Altsom, PSA, etc…en sont quelques illustrations. Travaillons pour relever et corriger chacun de ces points par nos luttes avec la population pour défendre les intérêts des habitants auprès de l’Etat sur ses fonctions régaliennes (Éducation, sécurité, solidarité), auprès du département et de la région et agissons à notre niveau local et intercommunal par des politiques plus ambitieuses sur nos prérogatives.

A ceux qui espèrent faire de cette décision de démission et  l’installation future d’un nouveau maire, une source de clivage, une déchirure, une fracture au sein de la majorité, nous devons répondre collectivement en responsabilité par des actes concrets, respectueux des différentes sensibilités au sein de cette majorité et répondre point par point, et avec eux, aux aspirations des habitants.

Alors nous prenons acte de ta démission. Et puisque tu invites chacun dans la majorité municipale à contribuer à poursuivre et faire naître un projet municipal d’ici décembre, je propose que cette démarche s’incruste le plus possible dans la population, avec le personnel communal et communautaire,  afin de reconstruire cette confiance ultime et nécessaire pour tenir nos engagements et enclencher une nouvelle vision pour les 10 à 20 ans à venir.

Je finirai mes propos par un passage d’un message qui n’est pas de moi mais qui retrace bien qui tu es, de la part d’une personne qui t’admire et te connais bien :

« C’est l’histoire d’un mec qui pour elle, pour cette ville, a le courage de laisser sa place, là où d’autres s’accrochent à leur fauteuil. C’est l’histoire d’un mec qui a la modestie de penser qu’il est remplaçable, en même temps que son engagement reste intact. » Françoise DAVISSE.

Bally BAGAYOKO