DROIT DES SALARIES : “Moratoire sur la mise en application de certaines dispositions prévues dans le cadre du dispositif municipal de lutte contre l’absentéisme et pour l’amélioration des conditions  de travail des agents de la ville”.

DROIT DES SALARIES : “Moratoire sur la mise en application de certaines dispositions prévues dans le cadre du dispositif municipal de lutte contre l’absentéisme et pour l’amélioration des conditions de travail des agents de la ville”.

Conseil Municipal du 24/11/2016

Intervention de Vincent Huet, co-président du groupe R.E.V.E. (Rouge et Vert Ensemble pour Saint-Denis)

A l’occasion de la présentation du bilan social 2015 de la ville de Saint-Denis.

 

Le Bilan social que nous examinons aujourd’hui doit être envisagé dans un contexte plus large, caractérisé par la dégradation brutale et généralisée des conditions de vie et d’activité des travailleuses et travailleurs de ce pays (et pas seulement de ce pays).

La loi “travail” voulue par le gouvernement PS est l’une des expressions les plus violentes de cette situation.Le contexte c’est aussi un chômage de masse exerçant une pression inouïe sur celles et ceux qui ont un travail, particulièrement dans le privé mais pas que dans le privé. Cette pression infuse dans toute la société.

Cette pression a notamment pour effet ce qu’on pourrait qualifier de “sur-présentéisme” : on renonce à se soigner, on renonce à des arrêts maladies. C’est une bombe à retardement sanitaire et sociale. Une souffrance considérable et des pathologies “silencieuses” se développent ainsi, qui finissent par déboucher sur des situations dramatiques.

Pour illustrer mon propos, je me propose de partager avec vous une lecture récente, c’est un peu long mais je crois que ça n’est pas inutile. “Cet été le procureur de la République de Paris a demandé le renvoi devant le tribunal  correctionnel, pour harcèlement moral ou complicité, de sept anciens dirigeants de France  Télécom.

Ils devraient donc rendre des comptes à la justice sur la vague de suicides qui a frappé l’opérateur téléphonique lors d’un  plan de restructuration. Pour la première fois, on devrait avoir un procès pénal mettant en cause, non pas un petit chef tyrannique, mais les dirigeants d’une entreprise du CAC 40 qui avaient mis en place un management intentionnellement délétère. (…)

Cet  été, cinq infirmier(ère)s se sont suicidé(e)s. Pendant que le monde politique s’excitait sur le burkini, des professionnels du soin mettaient fin à leurs jours, parfois sur leur lieu de travail ou en laissant des lettres pointant la dégradation de leurs conditions de travail. Depuis plusieurs années; les alertes sur les dégradations des conditions de travail à l’hôpital, sous l’influence de l’austérité budgétaire et, maintenant, de la restructuration inscrite dans la loi Touraine, se sont multipliées.

C’est bien le travail, ce qu’il est devenu sous le joug des logiques budgétaires, qui pose problème. D’abord, la charge de travail n’est plus supportable pour nombre de soignants. Ensuite, les logiques budgétaires n’ont pas tenu compte du travail réel des équipes soignantes, des imprévus, des complications…

Alors il faut sans cesse courir, se dépêcher, travailler dans l’urgence pour rattraper ce que la rationalisation a oublié. Enfin, pour tenir la cadence, les agents finissent par devoir renoncer à ce qui fait sens dans le fait de s’être engagés dans ces métiers du soin.

Ne plus prendre en charge un malade mais traiter juste sa maladie fait mal. Les connaissances scientifiques indiquent que cet abandon est coûteux psychiquement. Et cela se décline aussi chez les enseignants, les policiers, les gardiens de prison ou encore les agents de Pôle emploi… Un travail plus humain, moins mortel, dans le public comme dans le privé, voilà un bon thème de campagne électorale… On a bien le droit de rêver un peu, non ?”

Pour vous rassurer, il ne s’agit pas là du discours du camarade Philipe Poutou qui, à l’heure où je vous parle, est en meeting à la Bourse du travail, mais bien de larges extraits de l’éditorial d’octobre de François Desriaux, rédacteur en chef de la revue “Santé & Travail”. Il montre bien comment le secteur public, les agents du service public sont de plus en plus exposés à l’intrusion, à l’offensive du management le plus brutal.

Au regard d’un tel tableau, la fonction publique territoriale peut sembler épargnée. Mais est-ce vraiment le cas ? Et pour combien de temps ? Et à quelles conditions ?

Au regard d’un tel tableau, on peut quand même affirmer qu’une collectivité telle que la nôtre s’en sort plutôt bien. Ici l’idée d’un “bilan globalement positif ” s’applique mieux que dans d’autres contextes…

C’est là le produit de ce dont parlait Florence Haye : une volonté politique assumée notamment en matière de formation, de réduction de la précarité et de prévention des risques.  Cela en dépit de la pression budgétaire, fruit de la politique d’austérité gouvernementale, que nous subissons de plein fouet.

Cependant, et sous l’effet de cette pression qui va augmentant, une petite musique inquiétante commence à se faire entendre : il s’agirait de travailler à notre rapprochement de la “norme”. Mais de quelle norme s’agit-il ? Celle qui prévaut à France Télécom ? Celle qui envahit, comme on l’a vu, l’hôpital public ?

Cet “écart à la norme” est à part entière, un des composants de ce qui nous distingue en tant que commune solidaire et populaire.

Nous devons, s’agissant des conditions de travail des agents de cette commune, être fier-e-s, défendre et même améliorer autant que possible cet écart positif à “la norme”. Dans un an, nous aurons à examiner un nouveau Bilan social de la ville. Dans l’intervalle, nous aurons à voter pour un nouveau président de la République. Vu le candidat ayant viré en tête lors de la primaire de la droite, il y a de quoi s’alarmer : celui-ci s’étant particulièrement illustré par un discours violemment démagogique anti services publics et anti fonctionnaires.

Dans l’intervalle, nous aurons aussi à nous prononcer, en tant que conseillers municipaux, sur un dispositif municipal de lutte contre l’absentéisme et pour l’amélioration des conditions  de travail des agents de la ville (cet examen doit avoir lieu au premier trimestre 2017 et  mobilise déjà les agents : une assemblée générale est convoquée mardi prochain). En l’état actuel ce projet risque fort d’avoir l’effet inverse à celui recherché. En dégradant les conditions de travail, il risque de favoriser l’absentéisme.Il nous reste un peu de temps pour prendre les moyens de faire mentir ce pronostic. Saisissons le.

Vincent Huet

Co-président Groupe RÊVE

 

Actualités

Me suivre sur Youtube

Currently Playing

Me suivre sur Facebook

Me suivre sur Twitter

Connexion

X