C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Mohamed Harbi (16 juin 1933 – 1er janvier 2026), grand historien, intellectuel de gauche, militant des droits humains et figure majeure de la pensée critique algérienne.
Né le 16 juin 1933 à El Harrouch, dans la région de Skikda en Algérie, il s’est éteint à Paris le 1er janvier 2026, à l’âge de 92 ans, des suites d’une infection pulmonaire, après une hospitalisation.
Militant de la première heure devenu historien rigoureux et exigeant, Mohamed Harbi a consacré sa vie à l’analyse lucide de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Il fut l’un des premiers à interroger de manière critique le récit officiel de la guerre de libération et de l’État algérien post-indépendance, défendant l’idée que l’histoire ne peut être ni sacralisée ni confisquée par le pouvoir.
Parmi ses œuvres majeures figurent Le FLN, mirage et réalité — le Front de libération nationale, organisation politique et militaire qui a dirigé la lutte pour l’indépendance de l’Algérie (1954-1962) et exercé ensuite le pouvoir —, Les Archives de la révolution algérienne, Une vie debout ou encore L’Algérie et son destin.
À travers ces travaux, Mohammed Harbi a posé des postulats essentiels : la nécessité d’une histoire fondée sur les faits et les archives, la critique du parti unique et de l’autoritarisme, la reconnaissance de la pluralité des acteurs de la révolution, et l’affirmation que l’indépendance nationale ne saurait être dissociée de la démocratie, des libertés publiques et du respect des droits humains.
Installé en France après son exil, il fut enseignant à l’Université Paris 8 de Saint-Denis, où il a profondément marqué des générations d’étudiantes et d’étudiants. Connu, respecté et reconnu de toutes et tous, il était apprécié tant pour la rigueur de son enseignement que pour sa proximité humaine, sa disponibilité et sa capacité à transmettre une histoire vivante, critique et émancipatrice.
Au-delà du chercheur reconnu internationalement, Mohammed Harbi était un homme profondément attaché à la vérité historique, à la liberté de pensée, à la justice et à la dignité humaine. Son engagement constant contre toutes les formes de domination, de censure et d’arbitraire a guidé l’ensemble de son parcours intellectuel et politique. Sa voix, souvent critique mais toujours honnête, continuera d’éclairer celles et ceux qui interrogent l’histoire, la mémoire et l’avenir de l’Algérie.
En ces moments de douleur, nous adressons nos pensées les plus sincères à sa famille, à ses proches, à ses amis, à ses collègues, à ses élèves et à toutes celles et ceux qu’il a marqués par son engagement et son humanité. Que leur peine soit allégée par la fierté de l’héritage intellectuel et moral qu’il laisse derrière lui.
Mohammed Harbi s’en est allé, mais sa mémoire, son œuvre et son combat pour une histoire libre, rigoureuse et émancipatrice continueront de vivre.
Le 2 janvier 2026





