La gauche ? Son futur vient de loin

Le capitalisme agressif et destructeur. Boursouflée de profits, la finance internationale tente d’imposer dans le dos des peuples le TAFTA ou TTIP. Ce partenariat de commerce et d’investissement entre les Etats-Unis et l’Europe ambitionne d’anéantir les velléités de souveraineté, d’émancipation et d’indépendance des peuples. Aux prises avec leurs contradictions, les Occidentaux otanisés poussent leur agressivité jusqu’à l’horreur. Ils bombardent ou laissent bombarder (Syrie) à tous vents. Au nom de la protection de « nos intérêts vitaux », ils se partagent les espaces pour l’exclusive jouissance des super-milliardaires, néo-colonialistes, nationalistes et autres dictateurs. Des kilomètres de murs, de barbelés et de portails sécuritaires sont érigés. Le « Non » rejette le traité établissant une Constitution pour l’Europe au référendum du 29 mai 2005 ? Le Traité est signé. Puis, familier des reniements et remaniements, François Hollande entérine les désiratas de la finance internationale prédatrice… Libéraux et prédicateurs assènent « libérons l’entreprise, l’époque a changé ». Grassement appointés, experts, idéologues et médias veulent achever le droit au travail, le code du travail, la sécurité sociale, l’école laïque, la démocratie, la paix. Après les avoir créés, les supermultinationales entretiennent le chômage de masse et « la dette ». A leurs bottes, leurs valets exacerbent le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. « Ils » inventent l’islamophobie dans le but de dresser leurs victimes « les unes contre les autres ». Macronisés, leurs commis d’Etat rabaissent les Services publics, éducation, formation, santé, transport, logement, le sport et la culture, au rang des marchandises. Au diable les besoins et aspirations des classes populaires, la loi du profit et du marché est leur seule boussole. Vive le commerce des armes. Les guerres d’assaut deviennent un marché en rafales. « Ils » nourrissent leur domination de l’instrumentalisation des peurs, violences et terrorismes. Dotés d’un outillage sophistiqué, les services de renseignements justifient les guerres et interventions policières en voie de privatisation. Politique canonnière, état d’urgence, surveillance et destruction sociale confortent l’exploitation et l’oppression de l’immense majorité par une infime minorité. Mondialisation capitaliste, désenchantement européen, technologie et automatisation engendrent l’accroissement des inégalités et génèrent une anxiété massive et de dangereux « replis ».

La force motrice de la transformation ? En 2007, Marie George Buffet recueille l’insignifiant 1,93% aux présidentielles. Les législatives sont à peine moins moches. A la Libération, le PCF recueillait 28,6% aux législatives de 1946 ! Le Front de Gauche surgit des phénomènes qui ont conduit à l’échec. Donc, apparition du Front de Gauche en janvier 2009. Ses initiateurs rassemblent les militants au Zénith. L’appel du PCF, du Parti de Gauche et de la Gauche unitaire est entendu. Après son relatif succès aux présidentielles de 2012, le Front de Gauche patine et ne parvient pas à ouvrir une perspective de transformation favorable à l’engagement du monde du travail et du peuple. Las, les mauvaises régionales à peine digérées, les regards empressés se tournent vers les échéances électorales de 2017. Cela, sans avoir pris le temps d’analyser les causes de la panne endémique. A la vérité, les composantes du Front de Gauche ne professent ni la même conception ni le même processus à développer. Ses fondateurs vivent le FdG comme un cartel électoral susceptible de conforter leur propre existence tandis que nombre de leurs partenaires le vivent comme un pas vers la création d’une « nouvelle force politique motrice ». Historiquement, la gauche s’est déployée à partir d’un courant réformiste et d’un courant révolutionnaire. Ces deux courants sont eux-mêmes traversés par diverses « écoles de pensée ». Depuis le siècle dernier, le Parti communiste incarnait le courant révolutionnaire. Cette phase est-elle achevée ? Cette question doit s’inscrire dans le débat. Si la « gauche » est au plus mal, ses deux courants, réformiste et révolutionnaire, continuent d’irriguer le peuple déçu, sceptique et plus que désorienté. Il se sent bafoué par les dominants du Parti socialiste convertis au libéralisme. Porosité de la vie oblige, le courant révolutionnaire pâtit lui-même de cette conversion. D’autant qu’il vasouille depuis longtemps et qu’il ne parvient pas à se constituer en force motrice, dynamique, autonome, créatrice, unitaire et attractive. Sa (re)constitution ne serait-elle pas la tâche prioritaire de notre temps ? A cette étape, le Front de Gauche génère toujours de l’espoir. L’éclosion du nouveau surgira de la convergence « des luttes et mouvements sociaux et de l’action politique ».

Les classes populaires ? Les chômeurs et précaires, les salariés en sursis ne supporteraient pas « les parlotes des politiques de tous bords ». Les jeunes adeptes du système D, « un p’tit job et un p’tit truc à côté », n’y croiraient pas davantage. Aussi, les diagnostics, thèses et hypothèses des penseurs, marxistes et amis, demeurent à « exploiter ». Les solutions se nichent dans un va-et-vient dynamique avec le salariat et le peuple. Elles se nichent dans une transformation radicale de nos pratiques trop souvent conduites d’en haut. Les primaires à gauche ? Riposte positive ou complaisance au système ? Rustine démocratique, compassion culpabilisatrice ou exclusion du peuple lui-même ? Un peu de tout ça ? Avons-nous essayé l’essentiel ? Non. C’est pourquoi vit l’espoir. Pain, liberté, paix, ce triptyque a fondé les combats populaires et démocratiques. Bizarrerie, la COP21 n’inscrit pas les activités des forces armées, guerres, essais nucléaires, militarisation des économies, dans les causes de la détérioration des écosystèmes et du déréglement climatique. Pour le poète, « il n’y a pas de modèle pour qui cherche ce qu’il n’a jamais vu ». Certes, mais nous ne partons pas du néant. Fussent-elles perfectibles, les analyses des avancées et échecs, les expériences sociales et démocratiques, les « connaissances scientifiques » des évolutions du monde sont disponibles. La difficulté à surmonter réside dans leur mise en cohérence politique.

La prise en compte de tous les phénomènes est l’art de la politique. La reconnaissance de la complexité ne signifie nullement l’acceptation du réel, tel qu’il est, ad vitam aeternam. C’est l’inverse. Le réel ? La politique invite à dénouer ses fils enchevêtrés. La dialectique et le mouvement contre le binaire et ses platitudes. Le combat de la Grèce le confirme, plus d’épines que de roses bordent la route du changement. Pourtant, si le capitalisme phagocyte la société, il n’est pas toute la société. Entravée, elle développe de l’espérance. Le capitalisme étant inamendable, il s’agit de créer le nouveau rapport de forces susceptible d’ouvrir le processus « démocratique-révolutionnaire », souhaitable et libérateur. Nous apprenons des échecs ? Apprenons des réalisations moins visibles des producteurs, créateurs et gens de peu. Inventons une autre dimension conceptuelle du « communisme vivant et de nouvelle génération ». Valorisons l’émancipation, expérimentons l’appropriation sociale et démocratique des leviers économiques, partageons les savoirs. Faisons vivre l’égalité, la citoyenneté, la solidarité et la démocratie sur le terrain, à tous les niveaux et dans les entreprises. Changeons d’échelle, de visée et de méthodologie. En recherche, la proposition de transformation sociale, démocratique et écolgique, est vivante. Pas à pas, elles retrouvera sa crédibilité pour peu qu’elle soit, d’abord, l’œuvre des premiers intéressés eux-mêmes. Laissons les remaniements de la soumission, les coups et opérations médiatiques aux guides et rabat-joie éternellement frustrés. Regardons devant. Dégageons-nous du somnambulisme ambiant et décorticons la complexité des phénomènes à considérer dans leur totalité. Les immondes réalités sociales et périls encourus par les humains, notre planète, nos terres et océans, nous pressent de dessiner un autre chemin, un autre futur. La France en commun ? Oui, en élargissant notre action au monde, en appui sur les forces sociales travailleuses les plus déterminées. Les probabilités de catastrophes sont palpables ? Les voies qui conduisent à un autre monde ne le sont pas moins. Posons nos vieilles lunettes. Ensemble, véritablement ensemble, nous verrons plus clair.

                                                                                                                                             Louis Aminot

Brest le, 12 février 2016

Technicien à statut ouvier à la retraite membre de L’association des communistes Unitaires et d’Ensemble!