LES AMALGAMES CONTRE LES MUSULMANS DOIVENT CESSER ! par ma camarade Clémentine AUTAIN

LES AMALGAMES CONTRE LES MUSULMANS DOIVENT CESSER ! par ma camarade Clémentine AUTAIN

Après l’affaire du Cénacle à Tremblay, les déclarations de Jean-Pierre Chevènement ou de Manuel Valls, l’heure est à la mobilisation contre ce climat de tensions et de haine raciste dangereux pour notre pays.

Cet été, le débat sur le burkini a révélé l’ampleur de l’obsession identitaire dans le débat public. Alors que les Français ont des problèmes quotidiens qui touchent aux fins de mois difficiles, à la précarité croissante, aux inégalités sociales et territoriales, aux défis environnementaux, et j’en passe, il est ahurissant de voir que la vie publique se polarise sur le port du burkini… Le Conseil d’Etat a pris une position conforme aux valeurs républicaines en invalidant les arrêtés pris par certaines mairies contre le port du burkini. C’est heureux mais les propos nauséabonds à l’encontre des musulmans n’ont pas cessé pour autant. Les thèses du Front national gagnent chaque jour du terrain.

C’est dans ce contexte qu’un restaurateur de Tremblay-en-France a tenu des propos inacceptables, d’une violence inouïe. La vidéo a fait le tour de la toile. L’homme a refusé de servir deux femmes voilées au prétexte que « tous les musulmans sont des terroristes ». Il s’est par la suite excusé mais devra rendre compte de ces actes et propos devant la justice. La discrimination est de taille ! Le député-maire François Asensi, dont je suis la suppléante, a immédiatement réagi pour condamner fermement ces propos et saisir la justice. L’émotion chez les musulmans est immense. Je veux affirmer toute ma solidarité à leur égard dans ce moment douloureux.

Lundi matin, Jean-Pierre Chevènement a pris sa part d’amalgames. L’ancien ministre de l’Intérieur et tout nouveau président de la Fondation pour l’Islam de France déclarait sur France Inter : « Prenez le métro pour aller par exemple à Saint-Denis ou à Sarcelles, regardez ce qui se passe (…) Le processus de l’intégration n’est plus possible, puisqu’il y a à Saint-Denis par exemple, 135 nationalités, mais il y en a une qui a quasiment disparu ». Devinez laquelle… Un tel dérapage est totalement inadmissible. Sur les territoires populaires comme Saint-Denis ou Sarcelles, ce sont les inégalités qui laminent la promesse républicaine. Pendant ce temps, les ghettos de riches restent invisibles. Les populations issues de l’immigration sont stigmatisées alors même qu’elles figurent parmi les premières victimes de politiques sociales et économiques qui empêchent que chacune et chacun puisse, dans la cinquième puissance économique qu’est la France, vivre dignement.

Le gouvernement se frotte-t-il les mains que l’accent soit mis sur le débat identitaire, ce qui lui permet de ne pas rendre de compte sur son bilan social et économique ? En tout cas, Manuel Valls, dans son dernier entretien à L’Express, estimait que la présidentielle de 2017 se jouerait sur les thèmes de l’identité et de la sécurité. Lors d’un meeting à Colomiers, il s’en est donné à cœur joie en osant faire ainsi référence à Marianne, « allégorie de la République », qui a « le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple » et « aucun voile sur la tête parce qu’elle est libre ». Ces propos traduisent une méconnaissance historique des symboles de Marianne et une curieuse vision de la liberté des femmes. Le Premier ministre a beaucoup de travail devant lui pour se mettre à jour sur l’émancipation des femmes et sur la République. En défendant les arrêtés anti-burkini, nous avons pu voir que la conception de la laïcité de Manuel Valls était fort approximative et certainement pas de nature à rassembler.

Pendant ce temps, comme l’ont notamment illustré Nicolas Sarkozy et François Fillon à l’occasion de leurs derniers discours, la droite pousse l’avantage en prônant sans fard le repli identitaire et en valorisant une version autoritaire de la laïcité. A ce rythme de surenchères de propos racistes et haineux, nous risquons l’asphyxie démocratique… Une gauche franche doit prendre toutes ses responsabilités pour raviver le combat anti-raciste et ouvrir une perspective de justices sociale.

Enfin, nous devons nous ériger contre ces discours de haine en ayant pleinement conscience que le djihadisme ne se combat pas par le rejet des musulmans mais par les moyens donnés au renseignement, par l’affirmation de notre modèle social fondé sur la liberté, l’égalité et la fraternité, par une stratégie internationale qui tourne le dos aux petits arrangements qui financent Daesh et alimentent la tension au Proche et Moyen-Orient. Nous ne pouvons accepter que le combat vital contre le terrorisme soit instrumentalisé à des fins xénophobes.

Clémentine Autain

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