À Saint-Denis et à Pierrefitte-sur-Seine, parler de logement, c’est parler de la réalité sociale de nos villes. Ici, moins d’un ménage sur trois est propriétaire. À Saint-Denis, ce chiffre tombe à peine à 20 %. À titre de comparaison, l’Île-de-France compte près de 48 % de propriétaires, et la moyenne nationale dépasse 57 %. Ces chiffres révèlent une vérité simple : nos copropriétaires sont majoritairement des ménages modestes, souvent fragiles et bien plus exposés que dans d’autres territoires comparables.
Nous avons eu l’occasion de rencontrer de nombreuses propriétaires, tant à Saint-Denis qu’à Pierrefitte-sur-Seine, confrontées à de multiples difficultés. Ce sont des personnes sincères, qui tentent de vivre le plus dignement possible malgré les charges, les travaux, les dégradations et les difficultés administratives. Ces témoignages humains rappellent que derrière chaque copropriété se trouvent des vies et des efforts souvent invisibles.
Et pourtant, ce sont ces mêmes habitants qui doivent faire face à des charges qui explosent, à des travaux indispensables mais inabordables, à des immeubles qui se dégradent, parfois jusqu’à l’insalubrité, et à des syndics souvent déconnectés de leurs réalités. Les associations de terrain, comme Copro Force, le constatent chaque jour : les copropriétés populaires subissent une paupérisation continue, nourrie par plusieurs facteurs identifiés. Le manque d’information et de formation des copropriétaires et des locataires sur leurs droits et sur la gestion des copropriétés fragilise ces habitants. Certains syndics professionnels, contraints par la rentabilité, ne peuvent ou ne veulent pas s’impliquer à la hauteur des besoins. Et certains syndics indélicats trouvent un intérêt à laisser se dégrader les immeubles. Trop souvent, les logiques individuelles l’emportent sur l’intérêt collectif, au détriment de la qualité de vie et de la cohésion des résidents.
Tous les syndics ne sont pas véreux, mais certains profitent de la vulnérabilité des copropriétés populaires. Facturations injustifiées, contrats illisibles, prestations surévaluées, absence de mise en concurrence réelle… Ces pratiques sont documentées et dénoncées. Quand les habitants ne comprennent plus leurs comptes et qu’ils ignorent à quoi servent leurs charges, ce n’est pas un problème de pédagogie, mais de pouvoir et de contrôle.
Face à cette situation, il est indispensable de renforcer l’action publique. Cela passe par un encadrement strict des syndics, la publication d’un référentiel de bonnes pratiques, des formations gratuites pour les conseils syndicaux et un soutien aux initiatives coopératives ou associatives. Mais il est également essentiel de protéger les habitants contre la spéculation et de garantir le droit à la propriété pour celles et ceux qui le souhaitent. Devenir propriétaire doit être possible, de manière encadrée et accessible, tout en empêchant la gentrification de nos communes et en préservant le caractère populaire de nos villes. Les logements doivent rester des lieux pour tous et toutes, pas seulement pour quelques-uns.
C’est pourquoi la puissance publique doit pouvoir agir pleinement : utiliser le droit de préemption, racheter les logements au juste prix et les transformer en logements sociaux ou coopératifs. La demande de logement social est énorme : à l’échelle nationale, seule une demande sur dix est satisfaite. Ne pas agir localement serait une faute politique et une trahison de notre responsabilité envers les habitants.
Accompagner avant de sanctionner, contrôler le marché avant qu’il ne contrôle la ville, protéger les résidents les plus vulnérables et garantir le droit à la propriété pour tous : voilà les principes qui doivent guider notre action. Les copropriétés populaires ne doivent plus être des lieux d’abandon, ni des territoires laissés à la merci de la spéculation et des pratiques abusives. La justice sociale commence par le droit au logement digne, stable et accessible à toutes et tous.
Le 8 janvier 2026





