Interview de Mumia par Noëlle Hanrahan, directrice de Prison Radio.

Par téléphone, Mumia a réagi à la lecture des minutes de son procès :

« Ca va être très intéressant, quelle qu’en soit l’issue. On n’aurait pas pu faire mieux. Cette histoire est complètement folle ! C’est un don du ciel. C’est hier que j’ai reçu mon courrier et quand j’ai vu cette grosse enveloppe marron, j’ai su ce que c’était … Quand je l’ai ouverte et lu la première page, j’ai éclaté de rire. Magnifique ! A moins d’avoir assisté à l’audience vous ne croiriez pas ce qui est arrivé. Les médias n’en ont pas fait un compte-rendu honnête. Ils ont leurs intérêts et nous les nôtres. Mais ces minutes c’est de la dynamite sur papier. Généralement au tribunal on est les ‘méchants’ et l’Etat c’est les ‘bons’. Et là, dès le début de l’audience, on était les ‘bons’ et l’Etat les ‘méchants’, alors qu’ils ont tout fait pour empêcher que le procès ait lieu, puis tenté de faire taire tout le monde. Je me souviens avoir observé le juge qui paraissait abasourdi à l’écoute de leurs déclarations, leur disant même ‘Vous êtes sérieux ? ’. Plus l’audience avançait, jour 1, jour 2, jour 3, et plus j’ai compris pourquoi ils refusaient cette audience, pour que rien ne soit rendu public, le protocole médical ‘secret’, la falsification du rapport du médecin, le manque de crédibilité des témoins appelés à la barre. C’était comme regarder une série à la télévision si ce n’est que cela se passe dans la vie réelle.

Lorsque des prisonniers déposent des recours, ils ne vont pas devant le juge et l’Etat peut ainsi falsifier les documents sans que personne ne s’en aperçoive. Il n’y a pas de contre-interrogatoire devant un juge, tout se fait par écrit et sans témoin qui vient dire ‘non ce n’est pas ma signature’ [déclaration du médecin de la prison à l’audience]. Dans la salle du tribunal tout le monde était abasourdi. C’est cela l’avantage du procès. Vous entendez des choses que vous ne trouverez jamais dans un recours écrit. C’est extraordinaire.  Noëlle, vous avez mis toutes les minutes du procès en ligne ? C’est formidable ! Comme cela tout le monde pourra les lire. Je me demandais si quelqu’un pourrait le faire. Je suis tellement, tellement content (grand rire de Mumia) ».

 

******************************

Rappelons que Mumia a déjà passé 34 ans en prison dont 30 dans l’enfer du couloir de la mort. Il a toujours clamé son innocence sans jamais pouvoir la défendre face à un système judiciaire raciste et inéquitable. Agé bientôt de 62 ans, son état de santé est préoccupant. La mobilisation internationale doit se poursuivre pour qu’il puisse au plus vite obtenir un traitement afin d’éradiquer l’hépatite C dont il est atteint, ce que lui ont refusé l’administration pénitentiaire et la justice de Pennsylvanie depuis le début de l’année 2015.

Aujourd’hui, c’est la justice fédérale qui a été saisie par son équipe de défense. Les audiences (voir nos infos sur www.mumiabujamal.com) qui ont eu lieu en décembre 2015 ont été particulièrement éloquentes sur les pratiques dont use l’administration pénitentiaire pour attenter à la vie de Mumia, avec notamment la falsification de documents médicaux pour minorer la gravité de la maladie, pour fausser le diagnostic et limiter l’accès aux soins et traitements. L’administration et le médecin chef de la pénitentiaire, en conflit ouvert devant la Cour, ont même révélé qu’il existait un « protocole secret de traitement » dont auraient bénéficié des prisonniers.

Poursuivons la mobilisation jusqu’à atteindre l’objectif final.

 

Bally BAGAYOKO

Soutien Mumia Abu Jamal