Nous refusons la suppression des aides au logement pour les étudiants extra-communautaires non boursiers. Depuis le 1er juillet 2026, ils ne peuvent plus bénéficier des aides personnelles au logement, sauf dans certaines situations, notamment lorsqu’ils travaillent, sont apprentis, réfugiés ou apatrides. Cette décision est socialement brutale : elle fait de la nationalité et du statut administratif un critère d’accès à la solidarité. Sur les 130 700 étudiants étrangers qui bénéficiaient d’une aide au logement, environ 100 000 étaient non boursiers, pour une économie attendue de 100 millions d’euros en 2026. Cela représente à peine 0,6 % des quelque 16,1 milliards d’euros consacrés aux aides personnelles au logement. Pour une économie budgétaire marginale, ce sont donc des dizaines de milliers de jeunes qui devront payer davantage leur loyer.
Cette mesure est d’autant plus incohérente que les étudiants internationaux contribuent largement à la vie économique et universitaire française. Ils étaient près de 443 500 en 2024-2025, soit environ 15 % des effectifs de l’enseignement supérieur, tandis que la France vise 500 000 étudiants étrangers en 2027. Selon Campus France, leur présence génère environ 5 milliards d’euros de retombées économiques, pour un solde net positif estimé à 1,35 milliard d’euros. Près de la moitié travaillent pendant leur séjour et, pour beaucoup, cet emploi est indispensable pour financer leurs dépenses. L’étudiant étranger n’est donc pas quelqu’un qui « profite » de la France : il étudie, paie son logement et ses transports, consomme, travaille parfois, cotise lorsqu’il travaille et participe à la vie de nos territoires.
Cette réforme doit aussi être replacée dans une histoire économique et politique plus large. Alors que l’on demande à des jeunes venus notamment d’Afrique, du Maghreb ou d’Asie de supporter davantage de précarité en France, la France et l’Europe cherchent parallèlement à sécuriser leur accès aux ressources stratégiques des pays du Sud. La Commission européenne assume une véritable « diplomatie des matières premières » et a conclu plusieurs partenariats avec des pays riches en ressources. En République démocratique du Congo, qui représente environ 63 % de l’extraction mondiale de cobalt, l’Union européenne a ainsi conclu un partenariat stratégique sur les matières premières. Cela pose des questions fondamentales : qui possède les ressources, qui les extrait, qui les transforme, qui fixe les prix et qui capte la valeur ?
Le Niger illustre ces rapports de force. Le groupe français Orano y est présent depuis 50 ans et détenait 63,4 % de la Somaïr avant sa nationalisation par les autorités nigériennes en 2025. Nous ne prétendons pas que cet exemple résume toute l’histoire de l’uranium nigérien, ni que toute activité économique européenne à l’étranger constitue mécaniquement un « pillage ». Mais il rappelle que les relations entre l’Europe et les pays anciennement colonisés restent marquées par de profondes inégalités économiques. En RDC, Glencore détient également 70 % de Kamoto Copper Company et 95 % de Mutanda Mining, deux entreprises qui produisent d’importantes quantités de cuivre et de cobalt. Pendant que l’Europe sécurise son approvisionnement en ressources indispensables à son industrie, il est légitime de s’interroger sur la répartition de la valeur créée et sur les conditions dans lesquelles ces richesses sont exploitées.
Notre anticolonialisme consiste à regarder cette contradiction en face. Les rapports de domination peuvent survivre à la fin de la domination coloniale directe, à travers les multinationales, les chaînes de valeur, les rapports commerciaux, l’accès aux ressources ou la captation de la valeur. Nous voulons donc une autre relation avec les peuples du Sud : coopération universitaire fondée sur l’égalité, partage des connaissances, transformation locale des matières premières, souveraineté des peuples et partage plus juste des richesses. Cette exigence vaut aussi pour notre politique sociale : rétablissement des aides au logement pour les étudiants extra-communautaires, davantage de logements étudiants publics, augmentation des bourses, véritable allocation d’autonomie et universités comme CROUS correctement financés.
Nous refusons enfin d’opposer les étudiants français aux étudiants étrangers ou de transformer les difficultés budgétaires en concurrence entre les plus précaires. Un étudiant précaire reste un étudiant précaire, quelle que soit sa nationalité. Nous voulons une France qui accueille dignement les étudiants internationaux, partage les connaissances plutôt qu’elle ne capte les talents et coopère avec les peuples du Sud plutôt qu’elle ne considère leurs ressources comme acquises. La dignité n’a pas de nationalité. Les richesses du Sud ne sont pas à la disposition du Nord. Les droits sociaux ne doivent pas être réservés aux nationaux. Notre choix est celui de l’égalité, de la jeunesse, du droit au logement, de l’émancipation universitaire et de la solidarité entre les peuples.


