Plusieurs habitants de Saint-Denis, chercheurs, enseignants, responsables associatifs… prennent la défense de leur ville face aux clichés et aux fantasmes qui circulent à la une de certains médias.

Ce vendredi, le Figaro Magazine a choisi de consacrer sa une à Saint-Denis. En couverture, une photo montre, devant la basilique, deux jeunes femmes voilées dont le visage a été flouté. Le choix du titre, «Molenbeek-sur-Seine», fait référence à ce quartier bruxellois d’où venaient plusieurs auteurs des attentats du 13 Novembre. Un sous-titre ajoute : «A Saint-Denis, l’islamisme au quotidien.»

Pour cette énième couverture sur le sujet, le propos est toujours le même : Saint-Denis, «Molenbeek français», territoire miné par les jihadistes, menace pour la France ; Saint-Denis, territoire de non-droit et de ségrégation, où prolifèrent terroristes, délinquants, marginaux. De victime des attentats, notre ville serait devenue un vivier de recrues pour Daech !

Nous, qui vivons, travaillons au quotidien à Saint-Denis, nous refusons cette stigmatisation publique. Notre ville, nous l’aimons, et nous avons choisi d’y vivre pour ce qu’elle est vraiment, et pour ce qu’elle représente. Loin de tous les fantasmes colportés par une partie de la presse et de la classe politique française, Saint-Denis est une ville plurielle, où vivent 110 000 femmes et hommes d’origines, d’opinions et de religions différentes, sans que l’une n’ait pris le pas sur l’autre dans l’espace public.

Une ville qui, malgré la dégradation des services publics (caisse d’allocations familiales, poste, Pôle Emploi…), tient bon et tente de construire une mixité culturelle, sociale et intellectuelle, une ville pour tous aux portes d’un Paris en voie de gentrification accélérée. Le quotidien des habitants de Saint-Denis, ce n’est pas «l’islamisme», c’est le manque d’enseignants formés dans les écoles, d’effectifs de police nationale dans les commissariats.

«Molenbeek-sur-Seine» ? Pour les expulsé-e-s du 48, rue de la République, ces titres grossiers constituent une double peine : être stigmatisé-e-s en tant qu’habitant-e-s de la ville après avoir perdu leur logement lors de l’assaut du Raid, le 18 novembre.

Saint-Denis, nous l’aimons, comme ville de diversité, où le débat est possible, où se croisent les mondes, où la vie culturelle foisonne. Comme toutes les villes, elle a ses excès, ses problèmes. Mais elle connaît aussi ses moments de grâce, où toute la population se retrouve confraternellement. Deux quartiers de la ville (le centre-ville et le quartier Sémard) organisent ce week-end leur fête de printemps. Celles et ceux qui voudraient se faire une idée de première main de ce qu’est Saint-Denis «au quotidien» sont, comme toujours, les bienvenu-e-s.

Parce qu’elle contient en son sein toutes les composantes de la société française, Saint-Denis est une ville laboratoire où se construit la France de demain, où tous les citoyens, croyants ou non, ont leur place – malgré les clichés, les insultes, les stigmatisations répétés de la presse et des hommes et femmes politiques. Dans nos associations, dans notre travail, par notre participation quotidienne à la vie de notre ville, nous contribuons à la construction de cette société-là. Et nous sommes fier-e-s que cela se passe à Saint-Denis.

Parmi les premiers signataires :

Nelly Angel, membre du Collectif d’habitant-e-s SFC et environs
Corinne Angelini, formatrice, militante associative
Soukouna Bakary, président de l’association Nuage (Notre Union associative grandir ensemble)
Sébastien Banse, journaliste au Journal de Saint-Denis
Julien Beller, architecte, fondateur du 6b
Jean Bellorini, directeur du théâtre Gérard-Philipe, centre dramatique national
Alain Bertho, anthropologue, directeur de la Maison des sciences de l’homme Paris-Nord
Raphaële Bertho, maîtresse de conférences à l’IUT François-Rabelais
Jean Brafman, militant associatif
Erwan Cario, journaliste à Libération
Julie Chapuis, docteure en études politiques à l’EHESS
Coline Charpentier, enseignante
Lucie Chartier, citoyen
Séverine Chauvel, sociologue
Agnès Cluzel, militante antiraciste
Jean-Pierre Cluzel, militant de la cause des sans-papiers
Jean-Emmanuel Ducoin, journaliste à l’Humanité
Catherine Dufour, écrivaine, chef de projet à la bibliothèque universitaire de Paris-VIII
Anaïs Flores, enseignante
Sébastien Freudenthal, médiateur scientifique
Claudie Gillot-Dumoutier, collectif Lamaze
Cécile Gintrac, géographe
Sibylle Gollac, sociologue
Grand Corps Malade, slameur

Stéphanie Guyon, maîtresse de conférences en science politique
Julia Hamlaoui, journaliste à l’Humanité
Docteur Ghada Hatem-Gantzer, Adjointe au chef de service de la maternité Angélique du Coudray du centre hospitalier de Saint-Denis.
Caroline Izambert, enseignante
Jean Krivine, chargé de recherche en informatique a l’université Paris-VII
Benoît Lagarrigue, journaliste au Journal de Saint-Denis
Adjera Lakehal-Brafman, cadre associatif
Guillaume Lejeune, doctorant
Jérôme Martin, enseignant
Linda Maziz, journaliste au Journal de Saint-Denis
Mounir Othman, comédien
Julie Pagis, sociologue
Etienne Penissat, chercheur au CNRS
Pierre Puchot, écrivain, journaliste à Mediapart
Dominique Sanchez, rédacteur en chef du Journal de Saint-Denis
Aurélien Soucheyre, journaliste à l’Humanité
Boris Spire, directeur du cinéma l’Ecran de Saint-Denis
Karel Yon, sociologue

Bally BAGAYOKO, Militant associatif

Plus d’information : http://www.liberation.fr/debats/2016/05/20/notre-fierte-de-vivre-a-saint-denis_145380