SAINT-DENIS ET M6 : “Il faut revenir sur le pourquoi, expliquer les symptômes persistants dans le traitement médiatique en général et celui de Saint-Denis en particulier” par mon ami Yanis Khames, jeune dionysien

SAINT-DENIS ET M6 : “Il faut revenir sur le pourquoi, expliquer les symptômes persistants dans le traitement médiatique en général et celui de Saint-Denis en particulier” par mon ami Yanis Khames, jeune dionysien

Je relaie ici un excellent article d’un jeune dionysien, habitant sur le secteur de la gare de Saint-Denis, étudiant émérite d’une grande école. Suite au dernier reportage de M6 portant sur la ville de Saint-Denis, il nous livre sa vision des choses. A peine 20 ans, il a toute lucidité et humilité de faire partager son analyse de la situation appelle de fait à une éveille des consciences collectives..Plus les consciences s’éveillent plus la lutte contre les inégalités et les injustices, sera belle et victorieuse. Bravo à lui. Bally BAGAYOKO

 

“J’en appelle à la responsabilité de la TV, média le plus influent en France”………………

Regrettable. Il est vraiment regrettable que ce reportage, diffusé le 15 janvier dans l’émission « Enquête exclusive » sur M6, consacré à la ville de Saint-Denis soit aussi médiocre que prévisible. Encore une fois, cette ville, ma ville, notre ville mais également la grande majorité des habitants et certaines communautés en particulier sont stigmatisés, pointés du doigt voir traînés dans la boue.

Mais le dire n’est pas suffisant, ce serait beaucoup trop simple, cela équivaudrait à s’abaisser au niveau du reportage. Il faut revenir sur le pourquoi, expliquer les symptômes persistants dans le traitement médiatique en général et celui de Saint-Denis en particulier.

On peut, avant toute chose, s’offusquer d’un « détail » loin, très loin d’être anodin. En effet, le présentateur, Bernard de La Villardière, répète sans cesse durant toute l’émission que la pauvreté, le chômage, la délinquance et j’en passe sont la norme à Saint-Denis. Mais alors pourquoi, ô grand pourquoi, les pauvres, les chômeurs et les « délinquants » ne sont-ils jamais interrogés durant le reportage ? Pourquoi s’arrête-t-on à l’avis des agents immobiliers et des personnes qui veulent s’offrir des appartements de luxe pour parler d’eux ? Mais l’hypocrisie ne s’arrête pas là, ce problème est persistant sur la plupart des sujets traités. Par exemple, le boucher « gaulois » selon ses propres termes parle des boucheries halal, la vendeuse française au marché parle des vendeurs « étrangers » et les clients du vieux restaurant où l’on sert du jambon parlent des commerces des autres communautés mais ce sont également les policiers qui parlent des « délinquants », les médecins qui parlent des patients ou encore un élu municipal qui est le seul et l’unique à parler au nom des musulmans qui sont le sujet, il faut le dire, de 80% de ce reportage. En somme, ce sont les personnes qui ont un point de vue et des caractéristiques sociales proches de celles de M. de La Villardière, c’est-à-dire celles qui sont en position de domination/qui occupent des positions dominantes dans la société sont les seules qui sont légitimes à parler dans cette émission. Ce constat est affligeant mais ne choque plus, tellement on a pris l’habitude de ces pratiques odieuses. Disons-le clairement, le jour où les médias, la télévision, M6 et M. de La Villardière donnerons la parole aux premiers intéressés, et ne vous y méprenez pas ils la prendront, alors enfin ce genre d’émissions n’aura peut-être plus ce désagréable arrière-goût d’intolérance.

Ah oui j’oubliais, à un moment de l’émission, le présentateur prend enfin la peine d’interviewer une des premières intéressées sur un sujet, celui de la dépendance au crack. Mais pas de miracle, c’est mal fait. Un moment de télévision des plus gênants, il faut l’avouer car est mise en pâture la vie d’une personne qui a tout perdu, qui souffre et qui a besoin d’aide. Cela pose déjà un problème en soi certes, car on ressent évidemment qu’il est ici question d’utiliser la misère humaine pour faire de l’audience. Car oui, l’objectif de ce reportage est bien celui-ci, faire de l’audience mais cela nous amène directement au deuxième problème majeur de cette émission. Elle pointe des situations, parfois avérées, souvent exagérées, en oubliant d’expliquer pourquoi nous en sommes arrivés là et surtout comment nous pourrions en sortir. On en arrive donc à un constat bête et méchant à défaut d’être exhaustif et intéressant. Oui il existe du trafic de drogue à Saint-Denis, non ce n’est pas par magie qu’il est apparu. Oui la violence peut être présente dans nos rues, non les Dionysiens, non les pauvres et les immigrés ne sont pas agressifs par nature. Un conseil, posez-vous les bonnes questions et faites un travail rigoureux ce sera plus efficace que de servir toujours les mêmes reportages bâclés à un public qui à force d’être habitué à la médiocrité a fini par l’apprécier.

Je voudrais maintenant m’attarder sur le point qui est peut-être le plus intéressant du reportage. En clair, ce dernier accuse la mairie d’encourager la ghettoïsation de la ville de Saint-Denis grâce à la préemption et ce dans le but de garder leurs électeurs. Ces accusations, bien qu’elles soient amenées avec malhonnêteté (il n’est à aucun moment précisé que des opposants à la mairie qui se sont déjà présentés afin de la briguer ont la parole à plusieurs reprises, notamment sur ce sujet), s’avère plausible et très grave. Il serait inadmissible que pour des raisons électorales, une des solutions à de nombreux problèmes de notre ville, à savoir une « déghettoïsation » encouragée et encadrée, ne puisse pas être mise en place.

Mais revenons désormais à ce qui fait l’essence du problème de cette émission. Comme vous avez pu le voir si vous avez regardé ce fameux épisode d’« Enquête exclusive », de nombreuses opinions sont exprimées de façon implicite. Ne nous y trompons pas, aussi bien les musiques, le montage sensationnaliste ainsi que les images montrées et les commentaires du présentateur amènent le spectateur à faire des conclusions. Même les chiffres avancés pour appuyer le propos du reportage qui sont par ailleurs souvent douteux (par exemple lorsqu’il est dit que l’hôpital Delafontaine reçoit 20 fois plus de monde que la moyenne des hôpitaux en France, c’est bien sûr, sans prendre en compte ni la taille de cet hôpital ni la densité de population liée à ce dernier) essayent d’apporter une crédibilité pseudo-scientifique à ces positions. Et ces conclusions amenées par le reportage et les diverses manipulations qu’il emploie sont malheureusement des plus aberrantes. Concrètement, pour eux, à Saint-Denis d’une part les commerces qu’ils qualifient de « communautaires » (et il faut là comprendre d’après le contenu du reportage commerce tenu par des musulmans) empiètent sur les commerces « gaulois » et d’autre part on ne peut pas dans notre ville sortir sans se faire agresser. Cela empêcherait donc les bons Français de trouver du travail, gâcherait la vie quotidienne de ces derniers et empêcherait les honnêtes gens d’aller au boulot sans risquer leurs vies.

Soyons clair, il faudrait faire preuve de la même malhonnêteté intellectuelle que M. de la Villardière pour nier qu’il y a à Saint-Denis beaucoup de commerces tenu par des membres issus de la diversité ou que des personnes ressentent parfois un sentiment d’insécurité au sein de la ville. Pourtant, dans le premier cas, cela répond à une demande de la population, permet de faire travailler des personnes issues de milieux sociaux défavorisés et participe à l’émulation de la ville en amenant de nouveaux produits qu’on ne pouvait pas se procurer par le passé. Et dire que cela se fait au détriment des autres commerces, oui forcément un peu mais la demande pour ces produits baisse et il serait un mensonge de dire qu’on ne trouve pas quasiment tous ce dont on a besoin au quotidien à Saint-Denis. C’est donc là une des forces dionysienne qui est stigmatisé et critiqué car elle ne constitue pas une norme accepté par le présentateur. Je ne sais pas chez vous mais personnellement chez moi pour parler de ce genre de comportements et de conclusions hâtives on emploie le terme xénophobie. Quant au sentiment d’insécurité, je tiens à vous faire part de mon expérience, depuis 18 ans que j’habite la ville, pas une seule fois je me suis fait voler un objet de valeur et je suis loin d’être le seul dans ce cas. Comprenez-moi je ne réfute pas le fait qu’il y a de la violence, des agressions et des vols, il y en a peut-être même plus qu’ailleurs. Mais dans cette émission la situation est complètement exagérée et cela participe à créer ce sentiment d’insécurité pas toujours justifié. De plus, comme je l’ai évoqué précédemment jamais il n’explique les raisons de la présence de cette délinquance et jamais il ne laisse la parole aux auteurs de cette dernière ce qui serait sûrement très constructif. Mais il ne s’agit malheureusement pas dans ce reportage d’être constructif.

En vérité, j’aurais pu pardonner un travail mal fait, avec difficulté certes étant donné le salaire de M. de La Villardière, mais j’aurais pu. En revanche, il est impardonnable, que dis-je intolérable, que sur M6, une chaîne accessible à tous, soit propagé deux des facteurs de division entre êtres humains les plus destructeurs, à l’origine de milliers de conflits et de millions de morts, la peur et la haine de l’« autre », de l’« étranger », du « différent ». Et dire que c’est sur cette même télévision que se plaignent les différents pseudo-spécialistes de la montée du FN… J’en appelle à la responsabilité de la TV, média le plus influent en France, responsabilité qui est d’autant plus légitime à être réclamée étant donné que seul des professionnels s’occupent de propager des informations sur ce  canal. Les Français veulent la vérité, veulent la qualité, s’il vous plaît apportez-les leur, apportez-les nous et je vous en prie arrêtez une bonne fois pour toute de nous prendre constamment pour des imbéciles. 

Yanis Khames, un dionysien en colère

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