Il faudrait pourtant être bien aveugle pour ne pas voir ce qui est en train de se jouer.
Les Gilets jaunes avaient, avant beaucoup d’autres, lancé l’alerte. Derrière la hausse du carburant, ils dénonçaient déjà une réalité beaucoup plus profonde : des revenus qui stagnent, des dépenses contraintes qui augmentent et le sentiment que les décisions publiques sont prises loin de ceux qui les subissent.
Leur mobilisation aurait dû laisser une leçon durable : on ne peut pas demander indéfiniment aux mêmes de payer, de renoncer et de se priver.
Mais manifestement, le pouvoir n’a rien appris.
Pire encore : alors que les mêmes difficultés ressurgissent, que les classes populaires et moyennes voient leur marge de manœuvre se réduire mois après mois, le gouvernement donne le sentiment de regarder ailleurs.
Cette absence de réponse n’est plus seulement une erreur politique. Elle devient le symbole d’une indifférence à l’égard de la vie quotidienne de millions de Français.
Car pour celui qui dispose de revenus confortables, quelques dizaines d’euros supplémentaires sur un plein peuvent sembler supportables. Pour une famille qui compte chaque dépense, pour un salarié qui doit prendre sa voiture chaque matin pour aller travailler, pour un habitant d’un territoire où les transports collectifs sont insuffisants, c’est une charge de plus qui peut faire basculer un budget déjà à bout.
Pendant ce temps, les grands groupes énergétiques et leurs actionnaires continuent de bénéficier d’une situation qui leur permet de préserver des profits considérables.
Voilà le véritable scandale : demander toujours davantage d’efforts à ceux qui ont le moins de marges, tandis que ceux qui disposent déjà du plus continuent de s’enrichir.
L’histoire récente devrait pourtant nous avoir appris qu’une colère sociale ignorée ne disparaît pas. Elle s’accumule. Elle se transforme en défiance, en exaspération, puis finit par exploser.
Le gouvernement peut encore éviter de reproduire les erreurs du passé. Il doit agir maintenant : encadrer les prix du carburant, protéger le pouvoir d’achat et faire contribuer davantage ceux qui ont les moyens de participer à l’effort collectif.
Car gouverner, ce n’est pas attendre que la colère atteigne son point de rupture. C’est savoir entendre les alertes avant qu’il ne soit trop tard.
Et une chose est certaine : en 2027, le pouvoir d’achat et la justice sociale seront au cœur de nos choix.


